Apprendre à s’y risquer, 11.16

Apprendre à s’y risquer, retours sur l’expérience du workshop étudiants inter-école d’art chez les grands voisins à Paris.

Construire des terrains communs

Fin mai 2016, 70 étudiant·e·s venus de toute la France (13 écoles « représentée ») ont occupé l’école supérieure d’art d’Avignon. L’occupation avait été présenter sous la forme d’un workshop, les étudiant·e·s présent·e·s on été capable de se réapproprier se format pour habiter l’école pendant une semaine. Les occupations en écoles supérieur d’art sont rares et fragile, Avignon était la première occupation à être faite par des étudiant·e·s de toute la France. Même si les intentions était floue, même si l’organisation était chaotique, même si c’était maladroit,et malgré des tensions internes au sein de l’école, nous avons pu confronter nos points de vue, nos manières d’agir, nous avons fait communauté. Nous étions rassemblé·e·s sans savoir ce que nous voulions vraiment, mais nous avons tenté de construire quelques choses. Le groupe était dynamique, sans routine, vecteurs d’échanges, générateur de communs .

Suite à cette première expérience, certain·e·s d’entre nous ont eu envie de continuer les rassemblements étudiant·e·s. Pour agir face à la précarisation de nos écoles, réfléchir sur leurs contradictions. Un groupe s’est formée, la plupart ayant vécu l’occupation d’Avignon. Nous l’avons voulu le plus ouvert possible. Venu de Strasbourg, de Genève, de Caen, de Nîmes, de Nancy, de Poitiers et du Havre, la seule façon de travailler était de le faire via une sorte de forum sur internet. Toutes discussions est donc écrite et archivés. La place de la parole est inégale. Les individualités se confrontent sans chercher à s’entendre. L’écrit augmente les distances, fige les pensés, donne l’avantage à ceux qui savent le manier. Pour nous, il augmenta les dissonances.

Qui écrit ? Qui lis ? Qui décide ? Qui subit ?

Le groupe est incertain de ces intentions, le groupe ne se comprend pas, le groupe n’existe pas. Il se retrouve sur des questions logistiques, techniques mais la construction de terrains communs n’auras pas lieux.

Travailler sans filets

Une des décisions que nous avons pris sans difficulté à été celle de faire ce prochain rassemblement en dehors d’une école. Après plusieurs mois de recherches, nous avons rencontré Les Grands Voisins et l’association Yes We Camp. Ce lieu aux allures sympathiques cache une violence sourde. La sensation d’être toujours « juste » en visite, d’être là sans y être. Sans pouvoir s’approprier les espaces, personnes ne se sent chez lui. La grande vitrine. Nous avons toute de même fait le pari de tenter ce rassemblement dans ce lieu.

A mon sens ce site met en exergue les contractions que nous pouvons constater dans nos écoles (les négociations avec les mairies, la politique du tout-vas-bien, la violence des exclusions), il montre la face caché des mythes utopiques, il dévoile la fragilité des compromis. Mettre les étudiant·e·s face à cette réalité aurait pu les faire sortir de leurs zones de conforts, leur faire comprendre qu’il existe des lieux en apparence stables mais qui regorge réellement d’incohérences, les rendant invivables.

C’était un pari audacieux, il est encore trop tôt pour savoir s’il fera des ricochets dans nos écoles. Sortir de l’école, pour aller où ?

Comment trouver un lieu qui puissent nous convenir à tous ? Existe-t-il un lieu qui doive nous convenir à tous ? La nécessité du lieu est un constructeur de communs. Construire ailleurs, tenter d’autre choses, sans l’école derrière nous, est une prise de risques. C’est accepter le fait que nous pouvons échouer, décevoir, être critiquée. Que nous ne pouvons pas tout entrevoir, que nous allons apprendre parfois à nos dépens. Beaucoup érigent en héros John Dewey, Célestin Freinet et les autres pédagogues qui prônent l’apprentissage par l’expérience.

Mais qui expérimente réellement la pédagogie en dehors de nos structures ?

Qui se risque à être le plus inclusif possible ?

Qui met en application les beaux discours ?

Qui est prêt à accepter l’échec ?

Qui veut transmettre ?

Qui écoute la critique ?

Nous pouvons refuser l’école dans son état actuel des choses, mais la réfuter sans proposer est réactionnaire. Et ce n’est pas suffisant. Construire des expériences collectives nouvelles demande de la détermination et l’acceptation des échecs. La théorie est toujours très séduisante, « on pourrait » « il faudrait », cependant la mise en pratique des idées suppose d’être à même de prendre des risques. Sommes-nous tous prêt à les prendre ?

De l’importance des affinités

Construire des événements aussi lourds sans être un collectif soudé est douloureux. Les conflits peuvent s’enchaîner, les compromis s’installent. C’est à celui ou celle qui écrit le mieux. L’autorité s’établit sauvagement. Travailler avec des personnes que nous ne connaissons pas ou très peu est décidément un mauvais calcul. Quand chaque mot est discuté à l’infini, quand tout doit être débattus car rien n’est évident dans le groupe, l’énergie dépenser dans ces processus ne peut se déplacer vers des questions plus importante. Pour être un collectif protéiforme et généreux, il est nécessaire d’accepter et d’apprécier « l’autre » dans sa singularité. Les rapports de forces sont en principe abolit et les échanges sont au centre de la construction des projets. Plus la date approchait, plus le groupe diminuait. Les responsabilités s’accumulent pour un petit groupe qui tiens ces engagements.

Avec un système hasardeux de « référent·e·s » nous avions tenter de diminuer les charges de travail. Mais tout le monde n’as pas le même sens de l’engagement . L’organisation à pris beaucoup de lourdeur au début du mois de septembre et beaucoup se sont fait surprendre par la rentée, ne se sentant plus « capable » d’assumer autant de travail. Car il ne s’agissait pas juste de faire de la communication, mais il fallait trouver des salles, du matériel, géré la programmation avec les invité·e·s et intervenant·e·s, les projections de films, les repas, les logements, le budget. Ayant déjà travaillé à l’élaboration de projets à petits budgets et grandes affluences, je savais que nous arriverions toujours à trouver des solutions. La confiance que j’ai accordée à certain·e·s de l’équipe était bien placé, puisque l’événement à eu lieu. (Nous avons même engendré du bénéfice que nous allons utiliser pour l’archivage.)

Sans avoir été capable de faire groupe, nous avons généré des envies chez les participant·e·s, n’est-ce pas déjà un début de quelques choses ? Certes, nous ne nous reconnaissons pas tous dans ces envies, cependant avoir fait émerger la nécessité du commun est une bonne choses. La direction que peut prendre la suite n’est pas de notre ressort. Être capable de s’effacer, laisser les « autres » suivre la voie qu’ils ont choisie. Se mettre à distance mais ne pas disparaître.

Fatigues et Fougues

Après plus de quatre mois de travail en dent de scie, l’accueil des premiers participant·e·s commencent. L’équipe n’était pas au complet, pas impliquer de la même façon et c’est encore une fois un nombre très restreint de personnes qui à pris ses responsabilités. Sans un grand enthousiasme de ma part, le workshop commence. Dès le début un certain ennui apparaît. On dit « Bonjour, d’où tu viens ? », on accueil par un discours presque appris par cœur, on renseigne comme dans un office de tourisme. Les étudiant·e·s se ressemblent tous, écoutent sagement la présentation des ateliers. Nous étions déjà fatigués et nous n’avons pas su transmettre le peu d’énergie qui nous restait. Les participant·e·s ont dû le sentir, l’énergie était diffuse, instable. Pourtant certain·e·s sont arrivés avec beaucoup d’envies, de curiosité. Habituellement, c’est avec eux que j’aime travailler et discuter. Mais l’organisation dans ce lieu était si compliquée et chronophage qu’il m’a été difficile d’amorcer quoique ce soit avec ces étudiant·e·s. Le workshop devient une routine.

Toujours les mêmes explications à fournir, toujours les mêmes questions, toujours les mêmes étudiant·e·s, toujours les mêmes formes, toujours les mêmes formats de transmissions. Comme si maintenant que le défie d’organiser un rassemblement étudiant en dehors d’une école était fait, nous étions en train de stagner. L’envie de transmettre n’est pas présente, puisque c’est l’ennui et la frustration qui prédomine. Étant en pleine période d’écriture et de bouclage d’un mémoire qui questionne les écoles d’art pour en proposer de nouvelles, cette expérience soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponse.

L’autonomie est-t-elle désirez par tous ?

L’école d’art est-t-elle toujours un lieu d’envie ?

L’école d’art développe t-elle des singularités ou des individualités ?

Qu’attendons-nous des nouvelles écoles d’art ?

Préface à la défaillance

Les premiers jours passent, la routine est définitivement bien installée, les étudiant·e·s attendent qu’on leurs disent quoi faire, aucune action n’est prévu si ce n’est des Assemblés Général qui s’apparenterait plus à des comptes rendu journalier. L’atelier de sérigraphie n’aura pas lieu, je n’y trouve plus d’intérêt dans ce contexte. Le manque d’envie vient t il de moi ou des étudiant·e·s ? Beaucoup d’ateliers ont été proposé spontanément par les étudiant·e·s et nous avions fait le choix d’encourager ces initiatives. Cependant la majorité des ateliers n’avait aucun rapport avec la question de l’école, des modes de transmissions, des luttes étudiantes… Puisque nous voulions être inclusifs, puisque nous voulions laisser à tous la liberté d’être autonome, nous nous sommes retrouvés face à un ensemble hétérogène de pratiques, de questionnement qui ne se rejoignait nulle part si ce n’est sous l’appellation du « projet artistique ».

Doucement, ce rassemblement pris une tournure étrange. Le soir, après le dîner, était le seul moment vraiment collectif et ce temps n’a été utiliser que pour vider un maximum de cannettes. A celui ou celle qui vomira le premier sur sa tente. La synergie n’a pas pris. Sûrement dû à un manque d’objectif communs, à l’absence de concret pour certain·e·s. Même étant venues volontairement les étudiant·e·s s’attendent à consommer un événement. Hors ce n’était pas l’objectif. Encore une fois, il est trop tôt pour savoir si ce rassemblement éveillera les consciences. Il m’a semblé que ce n’était pas le cas, l’entre-soi est resté le maître mot.

La posture du l’étudiant·e en futur artiste à prédominer. Excluant toute autre pratique, prétendant que l’école d’art ne forme donc que des artistes et rien d’autre. Esthétisants tout questionnements, le rassemblement à perdue en lisibilité sur ces intentions, si tenter qu’elles est été clair un jour. Les jours passent et toujours rien ne se passe, comme dans une école les étudiant·e·s se concentre sur leurs projets, sur leurs productions, sur eux. Comment faire pour que les étudiant·e·s ne soient plus des consommateurs d’une école ? Pourquoi les étudiant·e·s ne désirent-ils pas s’investir plus sur les questions politiques ? Pouvons-nous faire communauté ?

L’appel de la désertation

Après plusieurs jours passé à ne rien faire, à ne pas faire, après avoir perdu toute envies de construire ce rassemblement, après avec perdu la fougue, l’envie de partir est de plus en plus présente. Ne me reconnaissant plus dans les questions soulevées, pourquoi deverais-je rester ? Ne pas démordre de ses engagements sans les remettre en question est idiot. Si ils sont paradoxaux, ils doivent évoluer. S’éloigner pour mieux comprendre les frustrations. Décision délicate quand on à passer autant de temps à préparer l’événement, quand les autres comptes sur nous, quand les autres ne comprennent pas, quand on à dépenser autant d’énergie pour n’en retirer qu’une certaine lassitude. Déserter pour retrouver la liberté d’utiliser mon temps comme je l’entends. Quand le sentiment de faire des choses par obligation et non plus par passion est présent, il est grand temps d’abandonner ses engagements pour les renouveler. Se retrouver en face de ses contradictions.

Apprendre par l’échec, apprendre par l’expérience.

Ne jamais renoncer