Oscillations entre vacuité et vanité 02.16

Oscillations entre vacuité et vanité.

Navigant entre espace privé et espace public, l’école d’art est un lieu hybride. Protéiforme, à valeur inconnue, ce prétexte à apprendre et enseigner relève d’une utopie où tout se trame et où rien ne devrait se distinguer. L’école étant typiquement un espace où la domination des maîtres se confronte brutalement à leurs discours émancipateurs, et l’égo étant le souverain difficilement détrônable de l’art, leurs rencontres ne peuvent que faire émerger des collisions. Trop de monde ou pas assez, rien n’est mesuré. Relations fusionnelles et combatives, les affrontements se confondent, se camouflent. L’école n’est pas nôtre, mais elle doit le devenir pour exister pleinement. Le contenant se remplit mais le contenu est déserté.

L’école devenue espace inerte s’interroge alors : Aurais-je négligé ma propre vacuité ?

Notre inadaptation est notre fer de lance. Malgré tout, envers tous, les incursions continueront pour retrouver des espaces. Tendu ou sous-tendu l’on s’emploie à occuper plus qu’à s’occuper. S’emparer des écoles qui sont dans des schémas de fermetures (Avignon, Dunkerque, Tourcoing, Valenciennes), c’est prouver qu’elles doivent continuer d’exister, car subsiste un désir. D’apprendre, certes, mais aussi de vivre dans ces espaces bâtards, incompris, fragiles et fougueux. Quand nous franchissons la limite du privé et du public, l’école est nôtre et nous devenons illimités. Réappropriation des outils, construction de nouveaux, cela se transmet, se partage, s’éprouve. Nous rendons public notre contenant devenu contenu. En oubliant les papiers qui séduisent, les images lisses et les textes validés, nous reprenons sans nous rendre. Ensemble nous transmettons et combattons, nous édifions en détruisant.

Tout cela nous confère le statut de transgresseurs. Dépassant les limites pour se retrouver enclavé dans celles que nous avons construites en oppositions au dominant, nous dominons. Nous existons dans un paradoxe qui s’incarne par notre vanité. Jamais nous n’oserons nous déposséder de nos positions de maîtrise, cela reviendrait à perdre le pouvoir. Ce pouvoir que nous avons tant désiré. L’école d’art autonome est un mythe. Nous la fantasmons libre et joyeuse, nous en faisons un but à atteindre. Des tentatives, des hasards, des collisions, de la frénésie, des passions conduiront inévitablement à la construction d’un commun.

Les pages incarnent nos positions, elles dévoilent le sensible et le rendent possible. L’édition comme espace commun, comme espace public .Espace d’exhibition de pensées imprimées, actées. Règlement de compte alterné de poésie alcoolisée, les textes dévoilent sans pudeur ce qu’un conflit dans une école d’art génère. Domination, émancipation, oppression, liberté, aliénation, autonomie.

« Chacun, autant qu’il peut, lutte pour s’en sortir. S’en sortir n’implique pas d’être aux prises avec un adversaire, mais de construire avec l’adversité. C’est seulement composer avec les forces qui nous détiennent. Il n’y a pas de substantif à « s’en sortir ». Ce n’est pas un concept, ce n’est jamais qu’une sorte de savoir-faire côtoyant l’effraction. Si tout le monde n’est pas Libre, partout, ça se débrouille, ça essaie, ça tente, ça s’efforce et ça trouve 1.»

1 .Vulture ; Construire sa forme de vie en 7 étapes. [en ligne] consulté le 25 janvier 2016 ; https://lundi.am/Construire-sa-forme-de-vie-en-7-etapes-Quand-j-entends-le-mot-culture